Rencontre avec…un thésard pas comme les autres

Alexandre Iltchev, doctorant en mécanique des matériaux, a une passion: fabriquer des répliques de mobilier design en bois, notamment du célèbre designer, architecte et ébéniste Gerrit Rietveld. Dans La Vaibz l’a rencontré, et vous invite à découvrir un travail surprenant.

crédit photo Sophie C-J

crédit photo Sophie C-J

Salut Alexandre Iltchev. Peux-tu nous expliquer ce qui a forgé cette passion pour le bois et la reproduction de mobilier design?

Je viens d’un milieu où l’on bricole beaucoup, parce qu’en Bulgarie, d’où je suis originaire, faire réparer n’était pas dans les mentalités: j’ai donc été sensibilisé au Do It Yourself. Dans ma famille, le système D était de mise, et on m’a beaucoup appris à faire soi-même les choses. J’ai donc réparé vélos et mobilettes étant plus jeune, et ai même créé ma propre trotinette à moteur avec un ami! (sourire). De fil en aiguille, de moto en voiture, je me suis davantage intéressé au bois. J’avais toujours été attiré par le bois, mais je n’avais pas le matériel pour le travailler.

Vers la fin de mes études fin 2011, j’ai eu envie de revenir à ce type d’activité manuelle. Ce projet a été initié par mon ami Olivier J., équipé en machines, et chez qui j’ai assemblé la chaise Steltman, et avec qui j’ai construit la chaise rouge et bleue, deux répliques de Rietveld. D’ailleurs, le véritable déclic pour moi fut la visite du musée Rietveld à Utrecht en Hollande: c’est en voyant la maison qu’il a construite autour de la chaise rouge et bleue que j’ai décidé d’occuper mon temps libre à la reproduction de ce type d’oeuvres en bois. Il faut savoir que de son vivant, Gerrit Rietveld distribuait déjà les plans des meubles qu’il concevait. Ce designer, aussi architecte et ébéniste, avait l’idée de faire produire ces meubles par la masse, et de révolutionner le meuble en déconstruisant la structure. Décédé en 1965, on retrouve aujourd’hui les plans de ses créations dans le workbook How to construct Rietveld furniture.

C’est donc principalement cette source d’inspiration qui fut un prétexte à la reproduction?

Si l’on veut oui! Je trouve vraiment formidable son traitement de l’objet, de la structure, et de la fonction. On lit très facilement la fonction de l’objet, qui n’est pas cachée derrière un apparat: l’objet est ce qu’il est. On le regarde et on le comprend. Pour la chaise rouge et bleue notamment, le travail des couleurs est intéressant. En observant suffisamment les couleurs vives, on ne voit plus que cela, et on ne remarque plus vraiment la structure. L’original, qui date de 1918, se trouve dans la Maison Schröder et trône en plein milieu du bâtiment, où le décor n’est qu’un aplat de couleurs.

Le concept n’a pas eu de succès à l’époque, car il était trop en avance sur son temps. La chaise Steltman, créée en 1963, est une sorte de retour aux sources de la structure: la structure complexe et l’asymétrie participent du côté intriguant de cette chaise que l’on pourrait imaginer en chaise de chevet! C’est une de mes préférées.

Inspiré par des projets réalisés à la main, j’ai rapidement choisi de fabriquer mon propre atelier dans ma chambre, en me concentrant sur des techniques manuelles. Ce choix a été poussé par la volonté de m’initier aux savoirs-faire, mais aussi parce que les machines électroportatives sont extrêmement bruyantes, et que je voulais rester en bons termes avec mes colocataires et voisins!

Pour la lampe Elagone, découverte à Nancy il y a quelques temps, et réplique du modèle dessiné par le studio Elomax Agency, il s’agit d’un modèle déposé, et c’est donc pour le coup de coeur que j’ai choisi d’en réaliser une. C’est l’aspect chaotiquement très simple de cet objet qui m’a interpellé.

En effet, la lampe est composée de cinq morceaux de bois, dont trois sont tout à fait réguliers dans leur angle et leur taille. Ce sont les deux autres morceaux qui donnent cet aspect complexe et élaboré. La Led donne un éclairage particulier au bois, et j’ai eu une suprise en l’allumant pour la première fois: la lumière qui s’échappe de la lampe forme une sorte de kaléidoscope sur le mur. Comme pour mes autres réalisations, lorsque j’ai fabriqué cette lampe, j’ai dans le même temps appris à manier les outils.

Comment choisis-tu la matière première?

Bien évidemment, je me base sur ce qui a été utilisé pour les originaux. Pour la chaise rouge et bleue, qui est en hêtre, je me suis fourni en bois chez un négociant de Chatillon. Pour la chaise Steltman, qui est en frêne blanc, je me suis fourni dans une scierie, car j’ai du acheter le bois en grande épaisseur. La chaise Zig zag, elle, est en merisier de la Vallée de Chevreuse.

Finalement, il s’agit d’une passion, mais pas d’une éventuelle opportunité professionnelle?

Actuellement, je suis doctorant en mécanique des matériaux, et me destine à un début de carrière en tant que chercheur au sein d’une entreprise privée.

Si tu ne comptes pas en faire ton métier, peux-être as-tu tout de même d’autres projets?

J’ai moi-même quelques idées, et souhaiterais donc à terme glisser vers la conception de réalisations personnelles, en collaboration avec mon amie Elise P. L’idée serait de venir en support de son travail, en combinant architecture et conception de meubles et d’intérieurs pensés avec le bâtiment. J’aurai très certainement mon atelier et mes propres machines, me permettant de développer des prototypes pour ses travaux. Ce seront des modèles déposés je pense!

Concernant mes projets à court terme, je suis en train de mettre au point un prototype de vélo en bois, et réfléchis sérieusement à un modèle de guitare acoustique. Ce projet est extrêmement délicat, si on réfléchit en terme d’acoustique, bien que la réalisation de l’objet en lui même ne soit pas foncièrement complexe. Cela fait partie des choses que je trouve formidables, et heureusement pour moi, on trouve suffisamment de littérature pour des plans et conseils de fabrication, puisque de plus en plus de personnes fabriquent leurs propres guitares. Mon objectif est donc assez simplement de prendre le temps de faire, même si je n’ai pas fini ma thèse!

C’est une passion originale, qui prend du temps, mais qui doit aussi coûter relativement cher, non?

Les prix du bois varient selon le type, la provenance, l’épaisseur demandée, et il est vrai que je fais toujours attention à optimiser mon travail en terme de découpe, car les pertes peuvent être importantes: autant faire en sorte que tout ne parte pas en copeaux. Pour la Steltman, achetée en gros volume de 54mm d’épaisseur, quasiment 20% sont partis en poussière. Pour la chaise rouge et bleue, c’est en réalité la peinture qui m’a couté le plus cher.

Si on s’intéresse à la Zig zag, qui m’a couté une centaine d’euros, on se dit qu’il s’agit d’une dépense honnête – surtout lorsqu’on sait que cette même chaise est vendue 1300€ par Cassina, entreprise italienne rééditant des meubles design dont elle possède les droits. La chaise rouge et bleue, quant à elle, se vend encore plus cher.

Finalement, je suis assez fier de les avoir fabriquées de mes propres mains, car je ne trahis pas la volonté de leur concepteur, qui a conçu ces meubles pour la masse. De mon point de vue, les vendre comme des objets de luxe exclusif va à l’encontre de cette prise de position originelle.

Les réalisations présentées dans cet article sont destinées à un usage personnel, et ne font l’objet d’aucune activité commerciale.

Publicités

Publié le 21 octobre 2013, dans arts, design, lifestyle, people, et tagué , , , , , , , , , , , , , , , . Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.

Je commente!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :